De la psychologie des centres commerciaux
A première vue, on se demande bien qui ça peut intéresser un documentaire sur les centres commerciaux. Du coup je me suis dit qu’il fallait que j’en regarde au moins un bout de ce Temples de la consommation. Mais voilà, les docus de Canal +, c’est du lourd (cf Les nouveaux tourismes qui était fan-tas-ti-queuuuh), pour peu qu’on s’intéresse un minimum à ses contemporains (société, sociologie, comportementalisme, tout ça quoi). Bref j’ai regardé ce documentaire jusqu’au bout et miam ce que c’était bon !
On y découvre une autre vision du centre commercial (mall). Même si on part avec de solides bases : un mall, c’est fait pour vendre et on se doute aussi que c’est un peu étudié pour. Le principe du mall est donc de vous faire acheter. Partout, tout le temps. Pour parvenir à l’acte d’achat, il faut anéantir le stress et présenter cet espace comme synonyme de détente absolue dans un lieu public rassurant. Public, public… pas tant que ça puisque ce sont des propriétés privées, dans lesquelles on n’a pas les mêmes droits que dans les rues d’une ville. La sécurité y est omniprésente et même recherchée par les visiteurs. On nous donne en exemple la présence massive d’agents de la sécurité au forum des Halles de Paris, présence qui aurait fait revenir les visiteurs dans cet endroit longtemps déserté…
Température constante, puits de lumière (pour rappeler les cathédrales, éclairer l’espace tout en donnant à l’individu la sensation d’être plus petit, donc faible), le mall c’est une ville en miniature, comme figée dans l’espace et le temps dans un printemps éternel. Intemporel. Immortel. C’est un peu d’immortalité qu’on nous y vend aussi. On peut s’y perdre dans l’asymétrie contrôlée de l’architecture, tout comme on peut se perdre en cheminant au hasard des rues dans une ville. Pourquoi laisser les individus se perdre dans un mall ? Pourquoi créer des ouvertures immenses ? S’ils sont perdus, ils sont déstabilisés. Pour compenser ce mal-être, la solution est l’acte d’achat. Acheter, c’est rassurant. Pas plus compliqué.
Les malls, ça nous rappelle aussi la Tour de Babel, tant au niveau de l’architecture que de l’utilisation de l’espace. Ce sont des tours de Babel modernes, avec une langue unique : la marchandise. Mais les malls meurent aussi et les répercussions écologiques des centres laissés à l’abandon (cf dead malls) nous prouvent que le shopping n’est jamais « un plaisir gratuit ».
- La page de Les temples de la consommation d’Hélène Klodawsky et Olivier Montoro, à voir en ce moment en VOD sur Canal + à la demande
Extrait de Malls’R'us d’Hélène Klodawsky








